Bouzghiba's Awards

QUI EST BOUZGHIBA ? Un personnage humoristique créé au début des années 1980 par l'artiste et chroniqueur culturel RAZAK . Surnommé aussi « Monsieur Uni-cheveu » , ce personnage comique a été créé dans le but de décongestionner l'humeur déjà affectée sérieusement par le stress quotidien.

Sunday, April 23, 2006


RAGAS ET RASAS POUR COMPRENDRE LE CINEMA INDIEN

La musique filmi désigne les intermèdes musicaux insérés dans les films indiens . Dans ce registre, il est aisé de constater que les play-back dominent . Dans les films hindis , les acteurs ne sont les véritables interprètes . Ce sont des chanteurs professionnels qui garnissent la bande-son , et de ce fait , ils « offrent » en filigrane , leur voix aux vedettes du film . La musique filmi a fait son apparition au début des années trente du siècle dernier . Le film Alam Ara (traduction approximative : La lumière du monde ) , réalisé par Ardeshir Irani en 1931, marque le début du cinéma sonore et l’avènement de la musique filmi. Alam Ara fut projeté dans un cinéma de Bombay , le 14 mars 1931 . Ce film en noir et blanc de 124 minutes , est devenu une référence en la matière, quoique les mélodrames d’aujourd’hui soient beaucoup plus longs et plus colorés . Or, comme la musique et la danse classique indienne s’exaltent dans les Navarasas, c’est à dire les neuf émotions de base identifiées par les premiers sages hindouistes , Ardeshir Irani a eu l’ instinct de visionnaire , en les introduisant dans la création cinématographique et en rendant palpable leur impact kiné-graphique . Le West Side Story de Jerome Robbins et Robert Wise n’est réalisé qu’en 1961, soit trente années après Alam Ara . Le Broadway qui illumina le ciel hollywoodien n’a pas persisté dans cette voie prometteuse . Tant mieux pour Bollywood . Il n'existe pas un cinéma indien mais plusieurs. On peut les répertorier selon la langue de tournage (Penjabi , Tamoul, Malayam , Bengali, Kannada …). Le plus important , en termes de capitaux de production et d’influence, est celui de Bollywood, tourné en Hindi dans les studios de Bombay . La musique filmi , qu’elle soit sacrée ou profane , est très diversifiée . Elle s’inspire du terroir et parfois elle reprend certains airs et morceaux de musique occidentale , notamment pour animer certaines danses modernes . Avec l’usage effréné qu’on en fait, elle ressemble aujourd’hui à un patchwork . Tout est concocté pour créer l’émerveillement , tant par l’image, le son et le mime . En Inde, le cinéma permet aux gens de la classe défavorisée de s’évader de la dure réalité quotidienne . Ces intermèdes se distinguent par une impressionnante variété de costumes et par la beauté des sites naturels où ils sont filmés . Les paroliers essaient de suivre la ligne narrative du film. Parfois ils s’en éloignent expressément pour créer un décalage n’ ayant de finalité qu’esthétique . La suisse avec ses cimes enneigées et sa verdure riche en chlorophille , semble un lieu de prédilection pour le tournage de ces intermèdes souvent dansés . Les décors confectionnés au studio sont gouachés à l’extrême . Cette luxuriance chromatique nous rappelle inexorablement les premiers péplums de Hollywood . Quand au scénario, on trouve peu de variété et peu d’intrigue : on suit le même schéma de narration : mariage problématique entre amants de différentes castes (ou classes sociales) et « happy end » obligatoire . L’ indien Lambda n’admet pas qu’un film s’achève sur une note pessimiste. Il faut que tous les antagonistes se réconcilient à la fin de l’histoire . Signalons à titre d’indication, qu’un film remarquable comme Axe ( de Ramesh Mehra ) a essayé de s’éloigner des sentiers battus, mais il a eu un cuisant échec au box-office indien, bien que The-Big-B (Amitabh Bachchan) y interprète un des rôles les plus audacieux de sa très longue filmographie . Le directeur de musique tient une place prépondérante dans le générique et de ce fait, il participe activement à l’évolution du « star- system » indien . En Inde, pays multiethnique et multiconfessionnel , habité par plus d’ un milliard et 200 millions d’habitants , le succès des films indiens dépend en premier lieu du doigté du compositeur à explorer le champs délicat des Navarasas , de la virtuosité vocale de l’interprète originel et de la célébrité des acteurs principaux . Le mot sanskrit Navarasas (certains hindous disent Navrasas pour économiser les voyelles ) se compose de Nava (neuf ) et Rasas ( émotions , sentiments, essences ). Ces neuf Rasas sont : Shringaara (amour ), Haasya ( rire ), Karuna (pitié ), Roudra (colère ), Veera (courage), Bhayaanaka (peur ), Bheebhatsya (dégoût ), Adbhutha (émerveillement ) et Shaantha (sérénité ). Les arts indiens d’aujourd’hui , comme ceux d’hier , ne jurent que par les Navarasas . La musique indienne , dont les origines remontent à l’époque des grandes mythologies, puise sa sève dans les Râgas . On raconte que " Shiva était si heureux après son union avec Pârvatî qu'il se mit à chanter. Il a cinq têtes et, de ses cinq bouches, sortirent cinq râgas. Voyant son époux si joyeux, Parvâti se joignit à lui et chanta le râga Natanârâyanî." On définit alors le Râga comme étant un son particulier qui charme l'esprit humain . Le solfège de la musique carnatique se compose de sept notes : Sa, Ri, Ga, Ma, Pa, Da, Ni. Elles correspondent aux abréviations issues des termes : Shadjam , Rishabam , Gandharam , Madhyamam , Panchamam , Dhaivatham , et Nishadam . Ce qui est curieux, c’est l’ évocation mythologique des sept bruits de la nature. Ne nous enfançons pas dans l’hindouisme des lointains grands mages , mais restons à la surface , avec les bruits de notre temps pour observer , avec quel doigté, on jongle avec ces Rasas et Râgas dans les films indiens . Prenons la cas du film Dil To Pagal Hai (du brillant réalisateur Yash Chopra) que beaucoup de spectateurs marocains ont vu plusieurs fois en salle . Shahrukh Khan ( Rahul dans le film ) , Madhuri Dixit (Pooja) et Karisma Kapoor (Nisha) sont les principaux protagonistes de ce long métrage . Rahul est directeur d’une troupe de danse . Sa première danseuse Nisha l’aime secrètement . Lors de la préparation du prochain spectacle, Misha se blesse au pied et il fallait trouver une danseuse d’appoint pour ne pas annuler la représentation . Rahul rencontre par hasard Pooja, une danseuse non professionnelle pleine de beauté et dont il s’éprend rapidement . Elle sera "Maya" sa partenaire de plateau . Nisha , jalouse et désespérée , décide alors de quitter la compagnie de danse, et part travailler à Londres. Mais Pooja est promise en mariage à Ajay un indien résidant à Londres . La fin est un concentré de Rasas imprégnés de subtils Râgas . Ajay (Akshay Kumar ) a compris enfin que Pooja n’était pas sa dulcinée et qu’elle serait heureuse plus avec Rahul l’artiste qu’avec lui . Il renonça au mariage au profit de son concurrent . Si l’on se servait du petit lexique sanskrit ci-dessus énuméré l’on dirait que dans cette romance bollywoodienne , il y’ a beaucoup de Shringaara entre Pooja et Rahul . Il y a aussi de la Haasya la plus ludique , de la Karuna envers Misha qui méritait d’être aimée par Rahul . Il y a aussi plein d’ Adbhutha .Quand à la Bheebhatsya on la trouve dans les propos vexants de l’arrogant fiancé . La Veera de Misha et sa magnanimité retrouvée après son séjour londonien ont éloigné tout sentiment de jalousie . Ainsi, après la Roudra , vient la Shaantha d’où le « happy end » salvateur .
RAZAK

Sunday, March 12, 2006

MOHAMED OSFOUR , SAMAMA CHIKLI ET LAKHDAR HAMINA PIONNIERS DU CINEMA MAGHREBIN

Les pionniers du cinéma maghrébin sont au nombre de trois, mais les continuateurs semblent plus nombreux que les films réalisés . Les trois précurseurs , bien que vivant dans des contextes historiques et cadres géographiques différents, avaient en partage une passion exacerbée pour le cinéma .Chacun à leur manière, ils vivaient leur aventure avec une frénésie contagieuse . Ces trois personnages remarquables ont pour nom : Mohmed Osfour (1927-2005), Albert Samama Chikli (1872-1934) et Mohamed Lakhdar Hamina (né en 1934 à Msila). Si les deux premiers cinéastes issus respectivement du Maroc et de Tunisie n’ont eu la consécration qu’ils méritaient que tardivement , Lakhdar Hamina , quand à lui , eut de son vivant, l’occasion de s’illustrer en arborant fièrement les auréoles de la distinction . Il est le premier cinéaste africain à décrocher la Palme d'or du festival de Cannes, en 1975, pour son film : Chronique des années de braise. Mohamed Osfour était le plus autodidacte des trois baliseurs du désert cinématographique maghrébin . Il est né à Abda (région de Safi ) . Il émigra à l'âge de 4 ans avec son père à Casablanca . Il n'a fréquenté ni école ni M'Sid (école traditionnelle ) mais à 11 ans il s'est fabriqué son cinéma à lui avec les moyens du bord . Tchikiou (surnom de l'époque ) eut la révélation du septième art en regardant un film de Tarzan . Il voulait imiter l’Homme-Singe . Après avoir déniché une caméra Pathé-Baby 9mm dans un marché aux puces, il transforma le terrain vague , en studio de tournage . Le cinéma « made of Osfour » est né comme un jeu d’enfants dans une petite clairière de la forêt de Sidi Abderrahman près d’ Ain Diab . L’empreinte du temps s’y est incrustée .
Albert Samama Chikli est relativement plus ancien . Il est décédé la même année où Hamina a vu le jour . C’est un personnage étonnant, voyageur, et aventurier . En 1895, il organisa la première projection cinématographique à Tunis dans le magasin de SOLER avec un des frères LUMIERE . Il collabora par la suite avec Abel GANCE . Il a aussi réalisé en pionnier les premières photographies aériennes en mongolfière au-dessus de Tunis en 1908 .L’homme se passionnait pour les nouvelles techniques apparues avec le siècle . C’est un touche-à-tout. Pendant la Guerre 14-18, il filma les tranchés de Verdun. En 1922 , il réalise le film Zohra qui sera suivi par son premier long métrage Aïn el Ghazel ou La Fille de Carthage (1924) interprétés par sa fille Haydée .
Son épitaphe est tout plein d'éloquence : "Inlassable dans la curiosité, téméraire dans le courage, audacieux dans l'entreprise, obstiné dans l'épreuve, résigné dans le malheur, il laisse des amis".
Mohamed Osfour était plus malicieux . Son agilité s’épanouissait dans la mécanique (non pas quantique qui nécessite une formation académique poussée mais dans la mécanique des bielles et vilebrequins) . Les astuces de tournage et les bricolages qu’il avait introduits au cinéma (voiture-travelling à hauteur réglable , badigeonnage de chevaux …) on les doit plus à son intuition créatrice qu’à une formation pratique dans un institut de cinéma . Son premier court métrage l'Enfant de la Jungle, une sorte de remake à la marocaine de Robin des bois , date de l’ère coloniale (1941). Au casting Osfour et Chikli eurent tous deux recours à deux êtres qui leur sont chers , L’un confie le rôle de co-partenaire à celle qui deviendra sa femme, pour l’autre la principale héroïne était sa fille . Et par ce choix judicieux (n’oublions pas les tabous de l’époque ) ils marquèrent l’avènement , dans leur pays respectif , des toutes premières actrices de cinéma . Chikly devint correspondant des Frères Lumière à Tunis Osfour participa en tant qu’acteur , régisseur ou en tant qu'assistant à la réalisation dans plus de 100 films étrangers où il a côtoyé des noms célèbres tels Hitchcock , Chabrol, Peter O 'Tool ,Claude Lelouch ,Youssef Chahine .Les deux écranistes (jargon de l’époque qui voulait dire cinéastes ) étaient des inventeurs . Leur cadet Mohamed Lakhdar Hamina trouva le terrain tout déblayé, puisqu’il réalisa ses films après l’indépendance de son pays , qui chronologiquement , vint après celle du Maroc et de la Tunisie . Il passa une enfance et une scolarité assez perturbées . Il abandonna les cours théoriques de l'Institut National du Cinéma de Prague pour accroître son savoir dans le domaine spécifique des prises de vue. Il tourna plusieurs films de fiction et documentaires . L’Etat algérien lui confia la direction de l'Office National Cinématographique et des Industries du Cinéma (ONCIC).
Chikli est décédé en 1934. Osfour vient juste de nous quitter . On apprit sa disparition dans la nuit du 17 décembre 2005. Quand à l’auteur de Vent des Aurès , nous lui souhaitons longue vie et une riche cinématographie .
A propos de Mohamed Osfour et avant que les mercenaires de la presse à « quat’sou » s’intéressent à lui dans un dessein mercantile, personne n’ a osé parler du calvaire qu’il vécut amèrement avec les officiels du cinoche. Mais nous étions en quelque sorte pionnier dans cette voie rectificatrice , car les réfractaires étaient nombreux et ne voulaient pas qu’on collait l’épithète Doyen à un analphabète . Nous fûmes pionnier en matière de « chronologisation » de sa filmographie . Aujourd’hui , on est sidéré de voir quelques uns de ces envieux qui ne manquaient pas de zèle revenir sur leurs jugements en reconnaissant toute l’étendue et l’importance de l’apport de ce génial fils de peuple . Malgré les embûches , nous sommes parvenu à détourner l’attention sur son cas . Avant l’avalanche des Hommages dont il avait toujours récusé le côté snob ( la majorité des organisateurs ne connaissent pas son histoire ) , nous étions comme lui , confronté aux mêmes préjugés . En 1991, lors du 3eme Festival National du Film qui se déroula à Meknes nous trouvions l’occasion opportune pour lui consacrer un dossier spécial , paru dans une revue culturelle en vogue . Cette contribution, venue à point nommé, eut de l’effet . Elle fut suivie d’une série de petits articles dans lesquels nous suggérions la création d’une cinémathèque nationale et un musée de cinéma qui abriterait entre autres les trouvailles de notre Méliès national . Ces idées positives nous étaient venues spontanément après deux journées de documentation que nous avions passées chez lui en compagnie du vétéran des projectionnistes marocains Benzidane Brik . Osfour était si enthousiaste malgré son aigreur coutumière . Il nous avait montré un tas de documents personnels ou à caractère mondain , des fiches historiques, des photos inédites , des reportages d’une valeur historique inestimable , des affiches de l’époque … Malheureusement, nos suggestions sont restées lettres mortes . Certes , la Cinémathèque Nationale a vu le jour mais son fonctionnement laisse à désirer .Quand au musée de cinéma on doit attendre une autre ère de cinéma pour qu’il voie le jour .Une bonne partie des objets précieux portant l’empreinte digitale de Mohamed Osfour a été abîmée ou égarée . Aujourd’hui nous réitérons le même souhait : voir s’ériger un musée maghrébin à toutes fin utile .
Quand j’ai vu Osfour pour la dernière fois , il était en bonne santé mais je l’ai trouvé dans un état d’angoisse inconsolable. Il voulait réaliser des films pour assouvir sa soif . La villa-musée qui autrefois regorgeait d’objets ingénieux est devenue morose et taciturne . Il était seul . Tous ceux qui prétendaient être ses amis l’ont abandonné. Seule chose qui nous avait réconforté ce jour là : la maquette d’un voilier confectionnée par son fils pour les besoins d’un film étranger . Ce voilier augurait du renouveau à attendre .
RAZAK

Saturday, March 11, 2006

Le cinéma indien entre Nirvana et Navarasas
En Inde, le plus audacieux des producteurs de cinéma n’est pas forcément le plus prospère, car la société indienne, si attachée à ses croyances et ses divinités, installe ses garde-fous afin de préserver certaines valeurs et en étouffer les plus neuves. L’éventail des nouveaux thèmes reste très limité. Mais les caméras ne chôment pas. En Inde, les arts ne sont pas bannis par la religion dominante : l’hindouisme. Ce qui constitue un atout non négligeable. Ils sont bénis par les divinités puisque les Râgas musicaux et les neuf Rasas sentimentaux que l’on a évoqués précédemment et puis qui sont la sève de toute créativité, sont considérés comme des offrandes divines. Les Navarasas sont le nerf de la survie du cinéma indien et les Râgas leur servent de diapason et de caisse de résonance. Si la contrainte démographique n’était pas là pour barrer le chemin au développement et si la censure n’avait pas son impact négatif sur l’épanouissement de l’expression artistique, les Indiens seraient les premiers jouisseurs de la race humaine et les plus raffinés. Malgré la misère et les interdits, on s’amuse et on se défoule. Ainsi, tiraillée entre chasteté et Nirvana, entre jouissance et abstinence, la société indienne cherche toujours sa voie. Les conservateurs éprouvent constamment le besoin de l’auto-contrôle rigoureux. Les libéraux et les progressistes veulent briser les tabous en débridant tout réflexe inventif. Le cinéma indien est tenu en laisse par la censure. Mais il n’est pas muselé. Le premier dilemme a été et sera le filmage des scènes d’amour. A l’époque coloniale, la loi sur le cinéma de 1918 a mis en place des comités de censure pour interdire non seulement les scènes immorales mais aussi toute allusion aux combattants indépendantistes avec à leur tête le Mahatma Ghandhi. On s’ingéniait pour détourner le regard de la censure. Après l’indépendance, les activités cinématographiques sont restées conditionnées par ces comités de contrôle, qui ne délivrent le visa de diffusion qu’après jaugeage. Et comme la musique joue le rôle de locomotive par rapport au film, les paroles de chansons ne doivent pas sortir du contexte communément admis. Il ne faut pas oublier qu’en Inde la musique filmique précède le tournage. Quand elle réussit son examen audio, elle trouve le terrain cinématographique tout déblayé. Un poète dadaïste serait perçu comme un trublion en puissance ou un subversif à mettre hors d’état de nuire (je voulais dire d’instruire). Ainsi, dans le domaine de la musique filmique, trois grands noms se détachent du lot : le compositeur Allah Rakha Rahman, le chanteur légendaire Mohammed Rafi et la diva Lata Mangeshkar. Rakha Rahman a innové en introduisant des instruments de musique modernes dans une orchestration archaïque où le sitar trône depuis des siècles. Il a vendu au total plus de 200 millions d'albums, sans compter les copies piratées. Mohammed Rafi (1924 –1980) était un chanteur hors pair qui avait une voix profonde et un talent inégalable. Quant à Lata Mangeshkar, elle est tout simplement la Oum Kalthoum puissance trois du sous-continent indien. Elle est née le 28 septembre 1929. Après la mort prématurée de son père, elle fut obligée de chanter, à très jeune âge, pour faire vivre sa famille. Elle a une voix très mélodieuse. Elle est appréciée aussi bien par les Indiens que par les Pakistanais. Citée dans le livre des records (Guinness), Lata Mangeshkar a été décorée de la Bharat Ratna, la plus haute distinction décernée par l'Etat indien. Outre ces trois célébrités, il y a une multitude de musiciens, de compositeurs, de paroliers et d’interprètes des deux sexes qui rêvent de s’illustrer dans des productions bollywoodiennes de grande diffusion genre Devdas ou Lagaan. Les directeurs de musique comme Anu Mal ik (Main Hoon Na, Ashoka, Aks, Soldier Baazigar…), Nadeem Sharavan (Dil Ka Rishta, Pardes ), Uttam Sigh (Dil to Pagal Hai), Shankar Elhasaan (Kal Ho Naa Ho, Phir Melenger, Armaan…), Javed Akhtar (Veer-Zaara…), Ismael Darbar (Hum Dil De Shuke Sanam …), Ram Sampat (Khakhee…), Ananad Raaj Anand (Jaani Dushman, Masti, Pyaasa… ) et Rajeesh Roshan sont très actifs. L’émulation est au summum. Certains n’hésitent pas à tester tous les genres et les mélanges, pourvu que cela fasse de l’effet sur les foules. Dans ce deuxième peloton, Jatin Lalit semble le plus prolixe. Il a composé les chansons de plusieurs films populaires dont : Dilwale Dulhania le Jayenge, Kuch Kuch Hota Hai, Koi Mil Gaya,Phir Bhi Dil Hai Hindustani, Mohabbatein, Chalte Chalte, et Hum Tum. Les chanteurs et chanteuses les plus sollicités ont pour nom : Kumar Sanu, Udit Narayan, Asha Bhosle, Abhijeet, Kishore Kumar, Mukesh, Hemant Kumar, Pamela Chopra, Alka Yagnik …Il y en a qui chantent le Kawwali qui est d’inspiration islamique. Toute cette production sonore n’est pas totalement innocente. Le plagiat se développe rapidement et risquerait de nuire à la réputation de Bollywood, si un frein n’était pas mis aux transcriptions non autorisées. Les uns ont piqué des airs à Demis Roussos, d’autres ont mis du Nusrat Fateh Ali Khan dans leur partition musicale. Même le Rai n’a pas été épargné. Le tube «Ya Rayeh» de Rachid Taha a été «sitarisé» à l’indienne. Il y a du Santana plein les bandes. Ce qui est curieux, c’est que les auteurs originaux ne se plaignent pas. Ils se consolent en disant que cela permet de populariser leurs chansons. N’oublions pas que l’Inde est l’un des pays les plus peuplés de la planète et que la guerre du piratage y fait rage. Quand ils sont bien pensés, les alliages et métissages musicaux sont mieux que le plagiat. Le vieux Cheb Khaled a dilué son Rai dans des Râgas indiens et cela a marché impeccablement. Le phénomène du plagiat a aussi affecté le monde de la danse. Les puristes indiens, exaspérés, ont presque cessé de s’obnubiler les méninges à redresser les parcours torsadés. Toutefois, ils souhaitent que les artistes (toutes expressions confondues) retournent aux sources, c’est-à-dire aux Navarasas. La danse indienne dépouillée des astiquages occidentaux reste sublimissime et culturellement richissime. Inversement, il n’y a qu’à vooir l’engouement des chorégraphes de New York, Ottawa ou Toronto pour la danse indienne. Il en est de même pour la musique. Rappelez-vous que les Râgas indiens, suffisamment imprégnés de sonorités exquises, ont inspiré les deux célèbres groupes de musique pop les Beatles et les Rollings Stones. Leurs tubes conservés dans les archives discographiques peuvent en témoigner. Le virtuose Yehudi Menuhin a mêlé les sons de son violon aux improvisations instrumentales de Ravi Shankar. De cet alliage fantastique ont bondi deux cœurs en extase.Enfin, l’on aimerait signaler un fait nouveau qui pourrait connaître des développements positifs pour Bollywood durant les prochaines années : il s’agit de l’organisation de spectacles «son et lumière» à partir des intermèdes hindis. L’idée est prometteuse. Sortir la musique filmique des studios de synchronisation pour les grandes arènes à ciel ouvert, cela est déjà entamé avec le show «Temptations-2004». C’est un spectacle grandiose bâti autour de la star indienne d’origine musulmane Shahrukh Khan. La tournée internationale a commencé à Chicago (USA). Elle s’est poursuivie à Londres puis dans d’autres villes d’Europe, avant de faire une dernière escale à l’île de la Réunion. Le spectacle, comportant les meilleures interprétations musicales durant toute la carrière cinématographique du «King of Bollywood», a connu un succès phénoménal. Les derniers échos qui nous sont parvenus de l'île de La Réunion sont très enthousiasmants. On parle de milliers de spectateurs et de soirée féerique. Au Maroc, les fans de SRK seraient charmés, si ce spectacle haut en couleur, en sons et en humeur, se produisait en nos murs. On a fait venir le Bolchoï de Russie et les acrobates de Chine, alors pourquoi pas «Sharokhane» et compagnie? Les «Tentations shahrukhaniennes» valent la peine d’être tentées. Le public marocain aimant les échanges interculturels mérite de savoir de quels Râsas l’expression artistique indienne dans toute sa diversité, s‘abreuve et de quels Râgas ancestraux, elle se ressource.
RAZAK

Friday, March 10, 2006

POUR UNE DEMARCHANDISATION DE L’ART

Il est des écritures soft qui s’attaquent à des sujets hard et peu conventionnels .Les linguistes arabes appellent cette pertinence Assahl al Moumtaniâ (l’aisé dont on n’use point ). Dans une de mes lectures automnales , j’en ai décelé sous la plume de l’analyste Olivier Abel de la faculté de théologie protestante de Paris quelques marques .En effet , évoquant dans son essai (La Culture et le Capital ) paru dans la revue Esprit, la marchandisation de l’art et la chosification de la culture qui l'enveloppe , il a fait une plaisante similitude entre les personnages de la fable de Jean de la Fontaine « La cigale et la fourmi » et les affairistes de l’art toutes repentances confondues .
« Depuis la cigale et la fourmi , écrit-il , nous savons que les artistes et les managers ne font pas bon ménage .La cigale un peu bohême et romantique méprise le matérialisme des petits profits et interrompt les calculs pour un ça me plait comme ça où son mécène croit se reconnaître. »
Le côté Assahl de l’approche , c’est l’extrême schématisation usitée pour désigner les deux protagonistes à savoir le manager et l’artiste.
« Le manager ajoute –il a conquis le monde réel par son industrie et son autonomie .Il a soumis les renommées artistiques elles mêmes à la loi de l’audimat et a fait de l’argent la seule mesure possible de la reconnaissance d’une œuvre d’art . »
Le côté moumtaniâ réside dans le choix de la matière à débattre , à savoir la problématique de l’art. Depuis Platon , nous savons que l’artiste avec sa vocation mal hiérarchisée par rapport au substrat social n’ a été que la cinquième roue dont on ne se sert qu’en cas de panne. Il en est de même pour ceux qui usent de leurs dons pour magnifier l’art notamment les critiques d’art.Le triomphe des capitalistes a accentué davantage la décadence de la notion d’art engagé qui ne se serait avérée en fin de compte qu’une réminiscence idéaliste pour nostalgiques soixante-huitards. Le même Olivier note que le capitaliste prospère et la société se dégrade.Il est de ceux qui pensent que ce sont les malheurs des petits qui font le bonheur des grands et non l’inverse .Les artistes , de par leur origine et leur nature , font malheureusement partie des petits. Seule, une fructification partisanne ou une sponsorisation de leurs activités créatrices et quelques fois une chanceuse médiatisation pourraient les aider dans leur ascension sociale. Le don ne suffit plus. Autrefois l’aristocratie optant pour la convivialité acceptait la présence des artistes, tantôt par snobisme ,tantôt par affairisme discret .Aujourd’hui, le manager a remplacé le mécène et l’aristocratie (du moins ce qui en reste) s’est repliée sur elle-même par égocentrisme et cocooning castrateur. Le monde virtuel l’absorbe ainsi que sa progéniture. On préfère les joujoux électroniques aux œuvres d’art (toiles , sculptures… ).D’ailleurs leurs fastueuses mondanités sont en régression par rapport aux siècles précédents .Aujourd’hui , le manager se veut un professionnel et non un mécène . Il a non seulement domestiqué le monde réel comme le mentionne cet universitaire dans son essai mais aussi le monde digital (Internet ).La renommée de l’artiste doit toujours passer par la manager, pourvu que ce dernier y perçoive un quelconque intérêt , pécuniaire cela s’entend.D’où les liens de compromission et de servitude .Dans une vision plus globale ,l’auteur fait référence à l’ouvrage de Boltanzki et Chiapello ( Le nouvel esprit du capitalisme) .Il en rappelle que l’insolente prospérité actuelle du capitalisme tient au fait qu’il a su non seulement doubler la critique sociale et la laisser déphasée mais désarmer la critique . Ainsi , si de nouvelles formes de contre pouvoir apparaissent , le danger de récupération et de cooptation les guette . Or une critique sociale en termes positivistes est éminemment dialectique. Vue sous un angle radical elle devient anti –tout et tout révisionnisme qui se propose de reformer la société déjà marchant à double vitesse serait voué à l’échec à moins de procéder à une habile synchronisation cinétique. La plus grande bataille reste la démarchandisation de l’art .Cela ne veut pas dire abandonner le marché de l’art mais lui insuffler de nouvelles valeurs éthiques afin d’assainir les mécanisme de son universalisation. Opérer une rupture avec la spéculation inhumaine qui à force de hausser les enchères a tué l’art et ridiculisé les artistes. Que signifie un Van Gogh adjugé 50 millions de dollars alors que de son vivant cet artiste martyr de l’art ne trouvait même pas de quoi vivre décemment .Cette distanciation plus que nécessaire et cette moralisation sont un impératif pour que la société déjà en proie à de sérieux morcellements retrouve sa cohésion. Il lui faudrait un connexionnisme sentimental une sorte d’Internet du cœur plein de dignité et de probité. Un nouvel concept de culture basé sur l’égalité des chances et le respect du génie créateur au lieu du trafic d’argent et d’influence dont tout un chacun constate les dégâts.Il faudrait un trafic de bonheur .Seul, l’art sincère pourrait en procurer à la démesure. Quand à la charité-bizness dont on nous a rabattu les oreilles à longueur de journée elle doit disparaître pour de bon , afin de faire l’éloge du labeur .Mais que fait-on déjà pour les artistes vivant à la marge de la société ou qui agonisent ? Certainement on prépare le cérémonial hypocrite d’outre-tombe.Les managers de la mort- bizness s’en chargent et puis ce ne sont pas les pleureuses qui manquent.

RAZAK

Thursday, March 09, 2006

RAZAK A LA BIENNALE 2004 DES JEUNES CREATEURS D’EUROPE ET DE LA MEDITERRANEE



Le festin

Bouzghiba s'auto-portraiturant

Wednesday, March 08, 2006

JACQUES LEVRAT ET LE DIALOGUE INTER-RELIGIEUX


Tous les chercheurs universitaires qui sont allés à La Source de Rabat pour renseigner leur thèse et se ressourcer se souviennent de Jacques Levrat . L’homme n’est pas du genre qu’on oublie facilement . Il vous paraît , de premier abord , un peu austère . Mais dès que la conversation s’engage avec lui , sur un sujet quelconque , l’interlocuteur redevient d’une affabilité et réceptivité extrêmes . On oublie qu’il est prêtre catholique . Dans la petite salle de lecture, jouxtant la salle d’accueil , il s’assaillait toujours dans son petit coin habituel , un ouvrage sous l’œil et une oreille attentive au bon déroulement de la lecture. Jacques Levrat n’aimait pas le bruit . Le bourdonnement d’une abeille égarée le ferait sortir de ses gonds . Sous sa vigilance, la salle de lecture devient un sanctuaire . Il y régnait un silence de mort . Mais la bibliothèque n’a rien de mortuaire et moribond . Elle regorge d’ouvrages de cultures vivantes et de regards croisés . Les consultations des archives vont crescendo . La Source a constitué une petite médiathèque à l’ancienne où l’on trouve des Hespéris datant de l’ère pré-coloniale , tous les numéros des revues avant-gardistes telles que Souffles , Lamalif et El Assas ainsi que les compilations annuelles de quelques journaux marocains . La nouveauté de cette dernière décennie est l’introduction de l’Internet comme outil auxiliaire de documentation . Jacques Levrat a sauvé La Source du « tarissement » . Fondée en 1981, cette bibliothèque était fréquentée par les ressortissants francophones et quelques intellectuels marocains . Avec le temps, les frontières inter-religieuses s’estompent pour laisser la place au dialogue et à la coopération . Le fonds de départ de La Source se limita à six mille ouvrages. Aujourd’hui, il y 'en a plus de 30000. L’institution est au service de ceux qui font des recherches sur le Maroc et des sujets connexes. Signalons qu’à la bibliothèque générale on dispose aussi de beaucoup de livres et d’archives historiques mais le service-client laisse à désirer (photocopieuses continuellement en panne, personnel renfrogné parce que mal payé ... )
Lorsque Levrat avait décidé de quitter La Source en 1994 , il a causé du chagrin à ses coreligionnaires ainsi qu’aux nombreux amis marocains résidant à Rabat qui s’étaient habitués à son franc parler . Pour rendre hommage à ce personnage de réconciliation qui fait du dialogue inter-religieux son objectif suprême, l’économiste Omar Akalay et Ahmed Lamrili (ex-directeur de la revue Al Assas) publièrent en 1995 avec la concours d’autres amis un florilège sous le titre : Approches . Ils y ont rassemblé une partie des écrits de Jacques Levrat . On peut y lire son récit de voyage à Assekrem ce mont situé dans la région de Tamanrasset et où se trouvent les ruines de l’ermitage du Père Charles de Foucault . Cet évangéliste du dernier siècle avait rejoint le Hoggar sous l’habit d’un israélite marocain .Il eut une fin tragique .Les historiens disent que les Touaregs l’ont assassiné. Levrat y était allé pour la méditation . Il passa 40 jours dans ce lieu de haute solitude .Mais il n'est pas un fou de sable comme Michel Vieuchange , ni un ensorcelé par un mirage boréal . C’est un homme de la ville , qui paraît beaucoup plus intellectuel qu’homme de bénitier . A Fès, il mène paisiblement sa vie spirituelle sans tintamarre . De temps en temps, il donne de la voix quand un phénomène de société l’interpelle . Il prend sa plume pour donner son point de vue sans a-priori . Rappelons qu’en tant que , membre fondateur du GRIC, (Groupe de Recherche Islamo-Chrétien) il a signé la pétition du 6 décembre 2000 soutenant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à lutter contre la politique des colonies de peuplement .Sa réaction au prosélytisme dont la presse marocaine a fait état , a apaisé les inquiétudes : « Comme chrétien, membre de l'Eglise catholique, je me dois de respecter la liberté de conscience et la liberté religieuse de chaque personne rencontrée... Je refuse donc toute forme de prosélytisme, quel qu'il soit ! ». Si les caricaturistes danois qui ont soulevé tout un tollé dans le monde islamique avaient connu des hommes de foi de la trempe de Jacques Levrat , ils n’en seraient pas arrivés là . D’une conférence à l’autre, cet homme de la réconciliation tous azimuts n’a de cesse d’œuvrer pour le dialogue des religions et des cultures .
RAZAK

Tuesday, March 07, 2006



Bouzghiba au musee

Bouzghiba le jour où il s'est fait raser le crâne